JE VOULAIS COMMENCER par vous parler des personnes qui partagent mon univers. Vous les faire apprivoiser par l'image ; virtuellement Votre !
Je commencerai alors par un être qui m'a été cher et qui l'ai encore plus depuis qu'il n'est plus. Son départ s'est fait dans la douleur, alors je vous demanderai en lisant ces quelques lignes ; une once de respect, s'il vous plaît. De cet égard, mon sourire se fera plus grand. Il s'agit de mon papa...
La lune, de sa robe pleine, domine la vallée. D’un autre œil, elle épie sa maîtresse ; la nuit noire. Ces deux entités s’accouplent au détour des regards indiscrets ; à force de sensualité, elles nous offrent le merveilleux en héritage. Chacun d’entre nous serait capable après chacune de leurs retrouvailles, de croire en l’impossible.
Plus bas, à l’orée d’un bois céleste, de la fumée s’échappe d’un conduit de cheminée. Il est la continuité d’un toit d’ardoises. Le corps de ferme qui n’est autre que la base d’un roc de bois et de larges pierres (re)travaillées, s’impose naturellement. Les décennies, la peste et les guerres n’avaient pas réussi à désosser le mastodonte.
De la lumière s’échappe d’une des fenêtres du bas. Le carreau passé, nous pouvons ressentir une douce chaleur. Dans un petit chaudron, une préparation de riz au lait est en fin de cuisson. Chacune des saveurs qui se dégagent du fumé, s’en vont narguer les narines d’un homme, assoupi dans un fauteuil du salon.
Il gigote de par son rêve.
Et pour cause.
L’odeur insidieuse, va alors lui faire croire qu’elle n’est que virtuelle. A chaque grain conquis, celle-ci assoit un peu plus sa suprématie des sens. Elle rampe sur la moindre parcelle de son visage, creuse sa perception gouteuse et s’en va titiller ses synapses. L’homme tente de combattre l’incursion délicieuse, mais semble si ancré dans son imaginaire, qu’il penche un peu plus la tête, sur le dossier du fauteuil. En guise de défaite.
Clic.
Clac.
La poignée de la porte d’entrée est assiégée.
Rapidement, l’intrus, qui n’est autre qu’une femme enceinte, pénètre les lieux à grand coup de pied dans le bois. Cette maladresse n’en n’est pas une, car celle-ci tient dans chacune de ses mains, deux fagots. Elle referme la porte avec dextérité, se dirigeant justeaprès vers la cuisine où elle jette négligemment son bien, à même le sol.
L’odeur s’est caramélisée ; elle est devenue âpre.
La femme s’approche avec hâte du fourneau, saisissant au passage un gant de protection. Elle saisit la préparation qu’elle lance dans l’évier ; fait ensuite couler de l’eau sur le gâchis. Une épaisse fumée blanche se forme, jusqu’à rendre l’ai irrespirable.
Juste après avoir ouvert la fenêtre de la cuisine, la lady s’oriente vers le salon, accélérant chacune de ses foulées. Elle saisit le guerrier (au repos) par les bras ; le secoue dans tous les sens, jusqu’à le sortir de sa torpeur.
L’homme, hagard, tend son regard vers l’environnement. Face à lui, la femme hystérique lui hurle quelque chose qu’il n’arrive pas tout à fait à discerner, à part peut-être le dernier mot ; « fourneau. »
Se ressaisir.
Pour comprendre :
‒ Qu’y a-t-il ?
‒ Tu n’avais qu’à surveiller ma préparation. Et là, c’est fichu ! Que vais-je proposer demain à mes parents, pour le dessert !?
L’homme se lève d’un seul jet.
‒ Je travaille toute la journée, pour ton confort et toi, tu oses me reprocher de m’être endormi ! C’est un comble.
‒ Replace les choses. Si je reste à la maison, c’est pour que notre enfant se porte bien. C’était notre accord, je crois !
Le mâle se sert maintenant un verre de whisky ; il avale d’une traite le liquide.
‒ Fais pas chier !
‒ Il serait bon que tu arrête de boire.
‒ Tu reprends le rôle de ma mère là !
‒ Non, j’essaie juste d’accepter et de jouer mon rôle de femme, tout simplement. J’ai besoin que tu m’aide, alors vas-tu réussir à comprendre que j’ai réellement envie que tout se déroule comme il se doit. Pour l’enfant, mais aussi pour nous.
‒ Je commence à me dire que ce bébé n’était pas l’idée du siècle. Nous n’arrêtons pas de nous chamailler.
‒ Qu’oses-tu insinuer ?
‒ Tu m’as très bien compris !
La femme détourne le regard ; l’homme profite de cet instant de répit pour s’éclipser. Il monte les marches menant au nid conjugal ; saisit à la volée une valise et ouvre l’armoire en merisier. Il empoigne un tas de vêtements qu’il balance à même le sac.
Sa moitié pénètre la chambre.
‒ Que fais-tu ?
‒ Je me casse. Je ne supporte plus tes humeurs.
‒ Tu ne peux pas faire ça.
‒ En es-tu si sur !? Tu savais pertinemment qu’à force de nous battre sans arrêt pour un rien, cela arriverait forcément.
‒ Sans toi je ne suis rien.
‒ Arrête ton chantage ! Nous sommes face au mur.
La femme sanglote de plus en plus. Elle plie les genoux, jusqu’à poser le haut de son corps sur le rebord du lit et placer son visage entre ses mains.
‒ Tu es si naïve.
D’un dernier effort, l’ingénue place son regard sur son bourreau ; des cœurs.
‒ Tu n’as donc rien compris.
La femme acquiesce.
‒ Je m’en vais rejoindre ton frère. Lui seul me comprend.
‒ Tu ne peux pas me faire ça.
‒ Bien sur que je le peux. Aller réfléchis encore un peu. Tu y es presque.
‒ Expliques-toi !
‒ Je l’aime.
‒ Ce n’est pas possible.
‒ Je l’ai toujours aimé.
‒ Tu vas réussir à me faire souffrir ; t’es un monstre !
‒ L’amour a des aspects torturés. Mes sentiments m’appellent et je ne peux aller contre.
D’un mouvement habile, l’homme ferme la valise. D’un pas décidé, il avance. Sa femme tente de le retenir, lui enserrant la jambe de toutes ses forces. Violement, il la rejette.
Que déjà il se trouve sur le pas de porte, prenant la peine de récupérer un casque intégral ; il quitte le foyer sans prendre le temps de claquer le bois.
Dans l’allée, il grimpe sur un bolide qu’il démarre avec agilité. Il fait crisser les pneus de l’engin et s’enfuit dans la nuit devenue, mortifère. Sans prendre le temps de se retourner vers son méfait.
D’où à l’étage.
S’écoule une nappe rougeâtre.
Des cuisses de son destin.
▪
LES PREMIÈRES LUEURS DE L’AUBE (dé)peignent l’oraison en devenir, avec leurs pinceaux de l’avenir. La vallée n’imagine pas le drame qui va se dérouler, les autochtones s’oubliant complètement dans leur imaginaire, du merveilleux à l’impensable.
Un motard trahit l’espace à bord de son engin de mort. A cet instant, il s’en fout ; il se fout du tout. Il veut seulement rejoindre son bien-aimé, après avoir trahi sa demoiselle. A coup de phrases mordantes, il a réussi à la mettre à genou. Ses armes ont su guillotiner son cœur.
Pourtant.
Il n’a aucun regret.
En son âme et conscience, il est sur d’avoir pris la bonne décision.
Alors, en toute inconscience de cause, il nargue son destin. Il zigzague sur la chaussée comme si de rien n’était ; comme si le rien était son fil, d’Ariane. Tel un funambule, il brave l’air. Il pense être l’invincible chevalier en quête de son prince.
Au détour d’un virage, il ne voit pas la flaque gelée qui ayant élu domicile en plein milieu de sa route. Accélérant de plus belle, le bolide glisse sur l’asphalte. Il en perd le contrôle ; essaie de redresser.
Qu’il est déjà trop tard.
Son destin aura eu raison de son jugement. Le dernier.
La moto percute une clôture de plein fouet.
Son corps s’envole ; heurte à une centaine de mètre, un arbre de passage. Lors de ce vol ultime, rien n’aura bougé, à part peut-être sa vie, défilant à toute allure ; à tout jamais sur l’écran de la mort.